Le 15 mars 2006
La
direction des collèges est prête à sacrifier la qualité
Les présidents des collèges essaient de gagner du temps tandis
qu'ils imaginent un plan
Les présidents des collèges de l'Ontario n'ont aucune
idée de ce qu'ils vont faire pour aider leurs 150 000 étudiants à
terminer leur semestre.
Dans leurs annonces publicitaires parues aujourd'hui
même, les présidents des collèges tentaient de communiquer les
détails de leur « stratégie de fin d'études »... en oubliant le
plus important... les détails!
Tout en promettant que tous les collèges feront ce
qu'il faut pour que les étudiants terminent leur semestre, ces
annonces n'en disent pas beaucoup plus. Et partout à travers la
province, les présidents des collèges entretiennent des idées très
différentes de ce que traduit la stratégie.
Alors que le président du Collège Algonquin, Rick
Gillett, déclarait lundi dernier que le personnel de la direction
enseignerait les cours, au besoin, la présidente du Collège
Mohawk, MaryLynn West-Moynes, a déclaré qu'elle ne comptait
nullement procéder de la sorte.
« Nous n'avons aucune intention de le faire »,
a-t-elle dit au Hamilton Spectator. « Ce serait manquer de
respect envers nos étudiants que de ne pas reconnaître le calibre
nécessaire pour enseigner. »
À Peterborough, le président du Collège Sir Sandford
Fleming, Tony Tilly, en a convenu en disant que ce n'était « ni
possible ni souhaitable » de demander aux directeurs d'enseigner
et de corriger les travaux.
À London, Howard Rundle, président du Collège Fanshawe,
a déclaré que « les cadres pourraient prêter main forte, mais nous
pouvons également compter sur le personnel scolaire à temps
partiel, qui n'est pas en grève, les cours en ligne et les options
avec examen final ».
À Thunder Bay, Pat Lang, président du Collège
Confederation, a laissé entendre que la stratégie de fin d'études
consistait à envisager la situation post-grève.
« Nous ne faisons que commencer de formuler des plans et nous
estimons qu'il est important que nous en discutions avec notre
personnel scolaire à son retour au travail », a déclaré Pat Lang
au Chronicle-Journal.
« Évidemment, nous espérons que la grève ne
s'éternisera pas, mais ce que nous voulons vraiment ici, c'est
gagner du temps », a avoué au National Post Rick Miner, le
président du Collège Seneca et porte-parole en chef pour les
présidents des collèges.
Ted Montgomery, président de l'équipe de
négociation du SEFPO, n'accorde pas grand crédit à la
« stratégie » des présidents des collèges. Il a déclaré que la
qualité des programmes dans chaque collège serait « gravement
compromise » si la direction tentait d'achever le semestre sans
son personnel scolaire.
« La seule façon pour les collèges de concevoir
une stratégie de fin d'études heureuse est de retourner à la table
de négociation avec une offre révisée qui aborde les enjeux autour
de la qualité de l'éducation », a souligné Montgomery.
Démêler les manipulations de l'employeur à propos des salaires
Paddy Musson et Phil Cunnington
La grève du personnel scolaire des collèges ontariens
n'a rien à voir avec les salaires.
Lorsque les pourparlers ont pris fin, le 6 mars
dernier, les deux parties n'étaient pas loin d'une entente en ce
qui concerne les salaires. La direction offrait des augmentations
salariales annuelles d'environ trois pour cent. Le Syndicat
demandait environ quatre pour cent par année.
Lorsque la grève aboutira, les salaires augmenteront
de quelque trois ou quatre pour cent par année.
Dans ces pourparlers, le véritable point de friction
tourne autour de la qualité. Le Syndicat veut des classes plus
petites, plus d'enseignants et plus de temps pour chaque étudiant
et étudiante. C'est ce que la Commission Rae avait recommandé.
C'est ce sur quoi avait insisté le premier ministre McGuinty en
promettant 6,2 milliards de nouveaux dollars pour l'éducation
postsecondaire.
Néanmoins, la direction des collèges s'entête. Jusqu'à
nous donner la nausée, les collèges ne cessent d'insister sur le
fait que leur offre fera passer les salaires à 94 277 $ d'ici à
2009.
Ils n’en peuvent plus de répéter ce chiffre pour
laisser croire que les grévistes sont riches et peu raisonnables.
Si seulement!
Pour le moment, le salaire de départ d'un formateur au
niveau collégial est de 32 077 $ par année (oui, vous avez bien
lu!). Pour passer du salaire de base au salaire maximal de
54 459 $, il faut 10 ans.
Le salaire annuel des professeurs, conseillers et
bibliothécaires est de 44 285 $ à l'embauchage (oui, vous avez
bien lu!). Pour passer du salaire de base au salaire maximal, il
faut 18 ans.
L'échelon supérieur de la grille salariale des
professeurs est de 82 299 $. Toutefois, seuls 27 pour cent des
membres du personnel scolaire sont à ce niveau. La plupart des
enseignants, conseillers et bibliothécaires sont loin d'y être.
La direction des collèges insiste sur ces 94 277 $
pour laisser entendre que l'embauche de nouveaux enseignants coûte
trop cher. En fait, à l'embauchage, le nouveau personnel scolaire
ne reçoit que le salaire de base ou un peu plus. Malheureusement,
les pratiques d'embauche des collèges au cours des dix dernières
années, font que seulement quelque 14 pour cent des membres du
personnel scolaire se trouvent dans la partie inférieure de la
grille salariale. Alors que le personnel scolaire plus âgé prend
sa retraite, un flot permanent de nouvelles recrues permettrait en
fait de réduire la moyenne des salaires.
Une estimation réaliste du coût d'une nouvelle recrue
est de 70 000 $ par année, prestations comprises. Pour 70 000 $
par année, les étudiants et les contribuables bénéficient des
services d'un professionnel qualifié, qui peut aider à transformer
les jeunes de l'Ontario en participants compétents et actifs au
sein de l'économie actuelle basée sur le savoir. C'est une saine
gestion des deniers publics.
En plus de rabaisser les grévistes, la fixation de
l'employeur sur les salaires du personnel à temps plein sert une
autre fin : celle de dissimuler les abus qu'il commet sur son
personnel à temps partiel.
Quelque 2 000 des 9 100 membres du personnel scolaire
en grève occupent des postes « à charge partielle », enseignant
entre sept et 12 heures par semaine. Ils sont payés à l'heure, et
seulement pour les heures qu'ils enseignent. Ils ne sont pas
rémunérés pour les heures qu'ils consacrent à la préparation des
cours. Ils ne sont pas rémunérés pour le temps qu'ils consacrent à
l'évaluation des cours. Ils ne sont pas rémunérés pour le temps
qu'ils consacrent aux étudiants après les cours.
Le personnel scolaire à charge partielle est loin
d'être nanti. Un professeur à charge partielle typique, avec 10
années de service, qui enseigne neuf heures par semaine et 32
semaines par année, gagnerait à peine plus de 23 000 $ par année.
Et la situation est encore plus déplorable pour le
personnel scolaire « à temps partiel ». Dans nos collèges, quelque
6 000 employés à temps partiel enseignent un ou deux cours.
Les employés à temps partiel ne sont pas en grève. En
raison d'une bizarrerie inexplicable du droit de l'Ontario, ces
employés n'ont pas droit à la syndicalisation. Ce qui fait que
leurs taux de rémunération ne sont pas réglementés et varient
largement. De nombreux étudiants sont surpris d'apprendre que le
professeur qui prépare leurs cours, répond à leurs messages
électroniques, les rencontre après les classes, commente sur leurs
travaux et les corrige gagne la somme rondelette de 120 $ par
semaine – pour un cours avec crédit sur leur relevé de notes.
Quelque 800 autres professeurs « de session » sont
également payés à l'heure, et ce, seulement pour le temps qu'ils
passent en classe. Il leur arrive même d'enseigner à temps plein,
même s'il leur est interdit, à eux aussi, de songer à la
syndicalisation. Le résultat : ils sont sous-payés et éreintés.
La revendication du personnel scolaire à la direction
des collèges d'embaucher davantage d'enseignants ne peut qu'aider
les employés à temps partiel et les étudiants. Un employé à
temps plein qui enseigne à une classe de taille raisonnable et qui
est payé pour les 44 heures qu'il travaille chaque semaine a plus
de temps à consacrer à la préparation des cours, à l'évaluation et
au feedback aux étudiants. Cela se traduit par une meilleure
expérience d'apprentissage et une meilleure éducation pour chacun
et chacune des étudiants de chaque collège.
Soit dit en passant, c'est de cela dont retourne la
grève.
Paddy Musson (Section locale 110 du SEFPO, Collège Fanshawe) et
Phil Cunnington (Section locale 558, Collège Centennial),
coordonnateurs du comité provincial pour la grève du personnel
scolaire des collèges.

Harvie Johnstone (retraité), participant à
la grève du personnel scolaire de 1984, à la ligne de piquetage à
Georgian.