Notes pour les observations de Ted Montgomery
Président de l'équipe de négociation du personnel scolaire
23
février 2006
Sous réserve de modifications
Je
tiens tout d'abord à faire une observation en ce qui concerne les
récents événements au sein du Syndicat canadien de la fonction
publique. Les points de vue divergent quant aux efforts déployés par
les parties pour aboutir à une entente. Mais ce qui compte vraiment,
c'est qu'une entente ait été conclue et que les deux parties soient
satisfaites.
Eh
bien, cher premier ministre McGuinty – prenez un ou deux jours de
congé et revenez vite au travail, car une autre grève majeure se
profile à l'horizon, et s'il faut l'éviter, on aura à nouveau besoin
des ressources et des efforts de votre gouvernement.
S'obstinant effrontément à refuser de s'entendre sur des changements
positifs à la structure de travail actuelle, la direction des
collèges a entraîné le système collégial au bord d'une grève. Douze
mois après le début des négociations, l'employeur n'a toujours pas
bougé d'un poil pour améliorer la charge de travail.
On
sait que la charge de travail est directement liée à la qualité. On
avait demandé à l'ancien premier ministre Bob Rae d'entreprendre une
étude sur l'éducation postsecondaire à travers la province. Après
des années de négligence et la politique à options différées des
régimes de Mike Harris et Ernie Eves, qui a laissé le système
sous-financé, à court de personnel, délabré et en plein désarroi,
Bob Rae a sommé le gouvernement d'apporter des changements.
McGuinty a fait sa part en offrant des fonds de 6,2 milliards pour
les cinq prochaines années. Ça, c'est en plus des subventions
régulières – ces fonds supplémentaires devaient servir à résoudre
les problèmes identifiés par Bob Rae.
Lundi dernier, à l'occasion de l'assemblée annuelle de l'Association
des collèges d'arts appliqués et de technologie de l'Ontario
(ACAATO), Chris Bentley, ministre de la Formation et des Collèges et
Universités, a fait remarquer une fois de plus que son gouvernement
avait augmenté le montant du financement aux collèges de 14 % pour
l'année 2005-2006 - avec des augmentations similaires promises pour
les quatre prochaines années.
Dans son discours du 13 mai 2005, le premier ministre McGuinty a
clairement indiqué à quoi devait servir ces fonds supplémentaires.
Ça s'appelle le Fonds pour l'amélioration de la qualité - et
Monsieur McGuinty l'a dit, « Par qualité, nous voulons dire un plus
grand nombre de membres du corps professoral dans les collèges et
universités pour tenir compte d’un plus grand nombre d’inscriptions
et pour aider les élèves à réussir, plus de temps pour les élèves,
plus d’étudiants et étudiantes qui termineront les études de premier
cycle et qui feront des études supérieures et une circulation plus
facile des étudiants entre les collèges et les universités. »
Le
personnel scolaire des collèges est d'accord avec ces objectifs du
gouvernement. Le personnel scolaire des collèges est d'accord avec
les évaluations de Bob Rae en ce qui concerne le système collégial;
Bob Rae avait demandé au gouvernement d'examiner le déclin de la
qualité au cours des dix dernières années… comme il l'affirme dans
son rapport, les collèges de l'Ontario sont devenus des « modèles
d'efficience dans le secteur public », aux dépens de la qualité.
« Nous voulons plus de temps pour nos étudiants et étudiantes », a
dit Monsieur McGuinty. Cette affirmation touche à l'essence même des
revendications faites par le personnel scolaire dans cette ronde de
négociations. C'est la raison pour laquelle plus de 80 % des membres
du personnel scolaire ont voté en faveur d'un mandat de grève.
C'est une supplication, une revendication, qui se transformera, au
besoin, en une lutte pour la qualité.
Comme l'admet la direction des collèges elle-même, la proposition
ridicule de l'employeur de répartition égale de la charge
d'enseignement, pour améliorer l'efficience dans la redistribution
des charges de travail existantes, n'est rien de moins qu'un effort
visant à réduire ou à éliminer le paiement des heures
supplémentaires. Les soi-disant projets pilotes proposés, totalement
ineptes, ne font absolument rien pour améliorer la qualité. Bob Rae
a reconnu la réalité des problèmes systémiques.
Maintenant, des solutions systémiques doivent être mises en oeuvre.
Dans le cadre de son étude sur la charge de travail, effectuée en
1985, Michael Skolnik identifiait deux mesures clés de la qualité –
les heures de contact d'enseignement et l'effectif des classes. On a
observé une augmentation inadmissible de ces deux mesures au cours
de cette dernière décennie.
Pour améliorer la qualité, deux solutions sont possibles.
Les
facteurs de la formule servant à déterminer la charge de travail,
établis en 1985 suite à l'étude de Michael Skolnik, doivent être
augmentés pour fournir au personnel scolaire le temps dont il a
besoin pour préparer les cours et évaluer les étudiants de manière
adéquate, en se fondant sur des méthodes établies par les
professeurs dans le meilleur intérêt de leurs élèves.
Nous ne voulons pas de formats d'évaluation dictés par l'employeur
pour maximiser l'effectif des classes. Autrement, des mesures
doivent être mises en oeuvre pour contrôler l'effectif des classes
et faire en sorte que les étudiants et étudiantes ne soient pas
gavés à temps plein d'un régime de professeurs à temps partiel. Les
postes d'enseignement à charge partielle doivent être remplacés par
des postes à temps plein.
Ce
n'est qu'ainsi que les fonds réservés aux améliorations systémiques
pourront permettre de répondre aux besoins identifiés par Bob Rae et
Dalton McGuinty.
Cette même ACAATO à laquelle le ministre Chris Bentley s'est adressé
s'est elle-même infiltrée, et ce, pour la toute première fois, dans
le processus des négociations. Le Conseil de la rémunération et des
nominations dans les collèges a l'obligation légale et le droit
exclusif de négocier au nom des collèges. L'ACAATO n'a aucun rôle à
jouer.
Malgré cela, le nouveau directeur de l'ACAATO a mené la campagne
visant à rejeter les revendications du personnel scolaire. Plus
récemment, le gros bonnet de l'ACAATO a publié un communiqué de
presse pour dire que l'offre actuelle de l'employeur était bonne.
Une offre qui entraîne un vote de grève à 80 % (83 % au Collège
Seneca) ne peut idéalement former la base d'une entente.
Qui
est ce nouveau directeur de l'ACAATO? Ce n'est autre que Monsieur
David Lindsay, l'ancien adjoint en chef de Mike Harris – un des
architectes de l'effondrement progressif de la qualité dans le
secteur ontarien de l'éducation ces dix dernières années.
L'employeur prétend vous offrir une augmentation salariale de
12,06 % au cours des quatre prochaines années. Mais ce n'est pas
vrai. Cette augmentation est de 12,06 % à l'issue de quatre années.
La différence? En divisant et en combinant les augmentations, avec
2 % en septembre et 1 % en avril, l'employeur prétend que vous
bénéficieriez d'une augmentation de 3,02 %, alors qu’en fait,
l’augmentation ne se monterait qu’à 2,43 % cette année-là. Et c'est
ainsi chaque année par la suite.
Si
l'on compare l'offre de l'employeur aux ententes conclues avec les
universités ontariennes au cours des deux dernières années et si
l'on extrapole ces montants sur les quatre années que veut
l'employeur, l'augmentation combinée pour les universités serait
alors de 15,92 %.
Et
les écoles secondaires? Avec le 0,5 % supplémentaire intégré au
contrat de l'enseignant au niveau secondaire, l'offre que
l'employeur propose au personnel scolaire des collèges tomberait
également au-dessous des augmentations accordées aux écoles
secondaires, qui se montent à plus de 13 %.
Le
seul groupe sur lequel nous pourrions encore nous aligner, tel que
le souligne constamment l'employeur dans son bulletin, est celui du
personnel de soutien, un groupe avec lequel nous ne nous sommes
jamais comparés. Nos groupes de référence ont été choisis et
acceptés par les parties par l'entremise du groupe de travail mixte
sur les salaires et les avantages sociaux, créé à la suite de la
grève du personnel scolaire qui a eu lieu en 1989.
Nos
revendications salariales n'ont rien d'exorbitant si on les compare
aux augmentations accordées à nos groupes de référence. Elles sont
tout à fait conformes à notre déplacement sur la grille par rapport
à ces groupes. C'est l'offre de l'employeur qui est déphasée. Il le
sait et c'est pourquoi il ne cesse de la déguiser.
Examinez ces faits :
· Au cours des deux dernières années (2003 et 2004), le salaire
des présidents des collèges a augmenté de 20,62 %. Pas sur quatre
années, mais sur 2.
· Chris Bentley a souligné que les collèges recevraient une
augmentation de 14 % cette année.
· Sans y parvenir, les collèges avaient tenté d'obtenir une
augmentation supplémentaire de 1,5 % sur les cotisations au régime
de retraite, ce qui se serait traduit par une augmentation des
cotisations de 1,5 %, sortie de notre poche, et une augmentation de
la contrepartie de 1,5 %, sortie de la leur. On se demande alors
comment les collèges peuvent prétendre ne pas avoir les moyens
d'augmenter les salaires du personnel scolaire alors qu'ils sont
prêts et bien décidés à dépenser 1,5 % supplémentaire pour le régime
de retraite de ce même personnel.
Le
résultat est le suivant. L'employeur s'est doté d'une équipe de
négociateurs sans expérience. Jeudi dernier, dans le cadre d'un
petit déjeuner impromptu, le président de cette équipe a osé dire à
l’un des membres de notre équipe que les négociations n'étaient
« qu'un jeu » pour l'employeur. Ce n'est pas un jeu. Au contraire,
c’est très sérieux.
Les
problèmes touchant à la charge de travail et à la qualité sont
sérieux, tant pour le personnel scolaire que pour les étudiants. Des
solutions systémiques aux problèmes systémiques auxquels nous nous
heurtons existent.
Bob
Rae et Dalton McGuinty ont fait leur part jusqu'à maintenant, en
identifiant les problèmes et en promettant les fonds nécessaires. Le
groupe de travail sur la charge de travail, qui a dirigé l'étude
collective issue de la dernière ronde de négociations, a entendu le
même message dans tous les collèges, et le personnel scolaire du
Collège Seneca l'a exprimé encore plus clairement, plus fort et avec
plus de passion en 2005. « Résolvez les problèmes et faiblesses
actuels en matière de charge de travail. Restaurez la qualité. »
Selon Bob Rae, les collèges ne dispensaient pas « les services
d'éducation dont l'Ontario et sa population ont grandement
besoin. ».
Un
étudiant du Collège Sheridan l'a dit on ne peut plus clairement dans
le journal des étudiants. Je me permets de paraphraser : « En tant
qu'étudiants, nous savons bien que nos professeurs se soucient de
nous et tiennent à nous offrir la meilleure éducation possible.
Pourquoi ce vote de grève refléterait-il autre chose? Le personnel
scolaire se bat pour nous. »
Les
décideurs aux plus hauts niveaux ont l'autorité et la capacité de
prévenir une grève. Nous voulons une entente. Une entente qui soit
juste et qui aborde les problèmes de qualité et de charge de travail
identifiés. Nous voulons une entente, oui, mais pas au prix de nos
principes. Nous ne fléchirons pas, et les efforts d'un des disciples
de Mike Harris, qui se sont faits dénigreurs des professeurs, ne
nous arrêteront pas.
C'est à vous que ces négociations appartiennent. Chaque membre du
personnel scolaire négocie maintenant avec les présidents des
collèges, avec les membres de l'Assemblée législative, avec le
ministre et avec le gouvernement McGuinty. Il faut qu'on vous
entende. Vous devez faire en sorte que vos principes - les principes
liés à la qualité et à l'équité, les principes sur lesquels les
éducateurs, les professeurs, les conseillers et les bibliothécaires
se fondent et qui leur tiennent à coeur - ne soient pas oubliés, mal
interprétés ou bafoués.
En
attendant la date fatidique du 7 mars, communiquez avec votre député
provincial, tenez-le au courant et impliquez-le. Contactez les
médias locaux, de façon à ce que le public sache à quoi s'en tenir
en ce qui concerne les collèges. Informez vos étudiants demain et le
6 mars encore, si aucune entente n'est conclue, sur ce qu'ils
peuvent faire pour aider à améliorer la qualité dans les collèges -
comme l'a dit notre premier ministre : « plus de temps pour nos
étudiants et étudiantes ». Le personnel scolaire veut des classes
plus petites, pour avoir plus de temps à consacrer à chaque
étudiant.
Si
les collèges nous obligent à faire grève, le 7 mars prochain,
l'humiliation sera la leur. Nous nous préparons et nous sommes
prêts. En 1984, une grève du personnel scolaire a permis d'aboutir à
une formule qui entraîna l'ajout de 1 000 membres au personnel
scolaire. Comme peuvent en attester les membres du personnel
scolaire qui étaient là à l'époque, les améliorations à la qualité
se sont immédiatement faites ressentir.
Au
cours des dix dernières années, sans mesures de protection pour
l'effectif des classes et les heures de contact d'enseignement, le
déclin s'est fait stable et soutenu. Bob Rae a fait les recherches
dont nous avions besoin et le gouvernement McGuinty a fourni les
fonds nécessaires.
C'est désormais à notre tour d’agir.
J'ai bon espoir que, à l'instar des événements de 2004, notre
engagement résolu et notre détermination suffiront. Et s'ils ne
suffisent pas, je sais que le personnel scolaire de chaque collège
ontarien est prêt. Votre équipe de négociation retournera à la table
le 2 mars prochain et travaillera inlassablement en vue d'une offre
raisonnable.
Si
nous ne réussissons pas, nous arrêterons alors de rêver.
Ce
sera alors au tour du gouvernement d'agir pour persuader les
collèges par quelque moyen dont il dispose de résoudre les problèmes
systémiques d'une manière responsable.
Ces
moyens de persuasion peuvent être mis en oeuvre avant la grève ou
après. Votre soutien peut faire toute la différence pour casser
l'intransigeance dont nous sommes victimes depuis plus d'une année.
Je
tiens à vous remercier de vos efforts et de votre soutien, et je
vous remercie d'avance de votre soutien continu dans le cadre de
cette lutte difficile.