D'où nous vient le Caribana?
Le Caribana de Toronto est influencé par une tradition riche et
diversifiée de carnavals tirant ses origines de la Trinité, une île
des Caraïbes. Le carnaval de la Trinité est une célébration annuelle
de la vie reproduite dans un grand nombre de pays à travers le
monde. En fait, vu les nombreuses influences et histoires qui
entourent le carnaval—c'est devenu un puissant symbole de diversité,
respect et indulgence à l'égard des autres cultures.
Quelles sont les origines du carnaval?
Il y a des centaines et des centaines d'années, les
adeptes du catholicisme en Italie instaurèrent une tradition de
mascarade juste avant le premier jour du carême. Vu que les
catholiques sont censés jeûner pendant le carême, ils appelèrent
leur festival carnevale — ce qui signifie, « mettre la viande de
côté ». Avec le temps, les carnavals devinrent célèbres en Italie;
en fait, la pratique s'étendit jusqu'en France et en Espagne, ainsi
que dans tous les autres pays catholiques d'Europe. Plus tard, les
Français, les Espagnols et les Portugais introduisirent leur
tradition de carnaval dans les Amériques et autres régions du monde
qu’ils conquéraient.
Influences africaines sur les traditions de
carnaval
Les anciennes traditions africaines consistant à défiler et à se
déplacer en cercle, costumés et masqués, à travers les villages
ajoutent à la composante artistique du festival des Caraïbes. On
disait qu'encercler un village apportait la chance, permettait de
résoudre les problèmes et d'apaiser les esprits furieux de parents
décédés passés dans l'autre monde. La tradition des carnavals
emprunte également aux traditions africaines, comme celle de
rassembler des objets naturels (os, herbes, perles, coquillages,
tissu) pour créer une sculpture, un masque ou un costume — chaque
objet ou combinaison d'objets représentant une certaine idée ou
force spirituelle.
Dans leur mère patrie, les Africains utilisaient souvent des plumes
sur leurs masques et parures de tête pour symboliser leur aptitude
en tant qu'êtres humains à surmonter les problèmes, les douleurs,
les chagrins et les maladies — pour voyager dans un autre monde où
se réincarner et grandir spirituellement. De nos jours, les plumes
sont utilisées de nombreuses façons différentes pour créer les
costumes de carnaval.
Les traditions de danse et de musique africaines ont transformé les
premiers carnavals des Amériques, avec les tambours africains, les
grosses marionnettes, les combattants armés de bâtons et les
danseurs sur échasses faisant leur apparition dans les festivités
des carnavals.
Dans de nombreuses régions du monde, où les Européens catholiques
avaient établi des colonies et participaient à la traite des
esclaves, le carnaval prit racine. Le carnaval du Brésil, alors une
colonie portugaise, est un carnaval célèbre, tout comme le Mardi
Gras, en Louisiane (où les Afro-Américains se sont mêlés aux
pionniers français et aux Autochtones américains). Des carnavals ont
désormais lieu partout dans les Caraïbes : à la Barbade, en Jamaïque,
à la Grenade, à la Dominique, en Haïti, à Cuba, à Saint Thomas, à
Saint Martin; en Amérique centrale et du Sud, au Belize, au Panama,
au Brésil; et dans des grandes villes du Canada et des États-Unis,
où ces peuples se sont établis, comme Brooklyn, Miami et Toronto.
Même San Francisco a son propre carnaval!
Origines du carnaval à Trinité-et-Tobago
Le carnaval de la Trinité est un exemple merveilleux de la façon
dont un événement peut unir les peuples. Parce que dans cette petite
nation, les croyances et traditions de nombreuses cultures se
rassemblent et, pendant cinq courtes journées chaque année, le pays
entier oublie ses différences pour célébrer la vie!
Comme pour beaucoup d'autres nations sous le régime colonial,
l'histoire des peuples autochtones d'Amérique et africains établis à
la Trinité est une histoire de violence et de tristesse. L'Espagne
et l'Angleterre ont tous deux colonisé l'île de la Trinité à
différents moments de l'histoire. Sous le régime britannique, les
Français se sont établis à la Trinité, apportant avec eux leurs
esclaves, coutumes et culture. En 1797, 14 000 colons français
vivaient sur l'île de la Trinité, qui comptait environ 2 000
dirigeants coloniaux et 12 000 esclaves. Les populations autochtones
(qu'on appelait souvent les Amérindiens), les premières à vivre sur
l'île de la Trinité, ont en grande partie été décimées par la
maladie et le travail forcé.
Le carnaval a été introduit à la Trinité aux environs de 1785, à
l'arrivée des premiers colons français. Le carnaval est rapidement
entré dans les traditions et on s'est mis à conduire des bals
sophistiqués dans lesquels les riches propriétaires de plantation se
paraient de masques, perruques et magnifiques tenues, et dansaient
toute la nuit. L'utilisation de masques avait une signification
particulière pour les esclaves; en effet, de nombreux peuples
africains portent un masque dans le cadre de cérémonies pour les
morts. Évidemment bannis des bals masqués français, les esclaves
organisaient leurs propres carnavals dans leur cour arrière — avec
leurs propres rituels et folklore, mais imitant aussi le
comportement de leurs maîtres dans les bals masqués.
Pour les Africains, le carnaval est devenu une expression de pouvoir
individuel et de riches traditions culturelles. Après 1838 (suite à
l'abolition de l'esclavage), les Africains désormais libres
commencèrent à organiser leurs propres carnavals de rue, lesquels
devinrent de plus en plus élaborés et plus populaires que les bals
coloniaux.
Le carnaval de l'île de la Trinité étale désormais les nombreux
visages des peuples d'immigrants du monde entier venus s'installer
sur l'île. Toutefois, les influences africaines, asiatiques et
amérindiennes ont été particulièrement fortes.
Le carnaval est entré dans les moeurs à la Trinité, tant et si bien
que de nombreuses écoles pensent qu'en accordant leur patronage à un
groupe participant au carnaval, elles peuvent enseigner aux enfants
leurs origines et culture. Des centaines d'écoles et d'organismes
communautaires participent au Kiddies Carnival de la Trinité. De
cette façon, les communautés travaillent ensemble pour nouer des
liens plus solides et pour inspirer un plus grand respect aux
nombreuses cultures dispersées sur l'île de la Trinité.