Commentaires du président : le Canada a besoin d’équité
fiscale et non de TVH.
Le 22 octobre
2009
Le président du
SNEGSP, James Clancy, a déclaré que le Canada avait besoin d’une réforme fiscale
en profondeur. Il a jouté que la nouvelle TVH appliquée en Ontario et en
Colombie-Britannique qui ciblait injustement les familles des travailleurs
devait être annulée. Le Canada doit plutôt songer à redonner une certaine équité
à son système d’imposition en abrogeant les réductions d’impôts consenties aux
sociétés par le gouvernement Harper et en créant de nouvelles tranches d’impôts
pour les Canadiens les plus riches.
Par James
Clancy
Syndicat national des employées et des employés généraux du secteur public (SNEGSP)
Ottawa – Il y
longtemps que nous attendons une réforme fiscale en profondeur au Canada et la
plupart des Canadiens nous approuvent. Cependant, la nouvelle taxe de vente
harmonisée (TVH) inéquitable imposée en Ontario et en Colombie-Britannique n’est
pas ce qu’un certain nombre parmi nous avait en tête.
Plus tôt cette
année, le gouvernement Harper a conclu une entente avec l’Ontario et la
Colombie-Britannique en vue de fusionner leur taxe de vente provinciale (TVP) et
la taxe sur les produits et services (TPS) en une simple taxe de vente
harmonisée (TVH). Cette nouvelle taxe est injuste pour deux raisons principales.
En premier lieu, il
est injuste de mettre de la pression sur les familles à faible et moyen revenu
puisqu’il s’agit d’une taxe uniforme (tout le monde est imposé au même taux).
Elle frappe davantage les familles parce que leur revenu est plus faible et
qu’elles devront consacrer un pourcentage plus élevé à la TVH. Il est tout à
fait inéquitable qu’on impose à un chef de famille monoparentale qui gagne 20
000 $ par année le même taux de TVH qu’à un directeur de société dont le salaire
s’élève à 400 000 $. En outre, cette taxe s’appliquera aux nécessités de tous
les jours non incluses dans les taxes de vente provinciales. Il en coûtera plus
cher pour chauffer la maison et acheter des médicaments, des services
téléphoniques, de l’essence, des vêtements pour enfants et des fournitures
scolaires. Il est injuste d’imposer aux familles le plus en difficulté une
nouvelle hausse de taxe, en particulier au beau milieu d’une récession.
En second lieu, la
TVH déplace injustement le fardeau de la taxe des sociétés pour la mettre sur
les épaules des familles. C’est exactement ce qui est prévu et les gouvernements
ne s’en sont pas cachés. Ainsi, en Colombie-Britannique, les sociétés jouiront
d’une diminution de 1,9 milliard $ de leur taxe alors que chaque personne se
verra imposer un surplus moyen de 800 $. Avec la TVH, comme c’est le cas de
toutes les réformes fiscales de ces dernières années, les sociétés sortent
gagnantes et la classe moyenne s’appauvrit.
Les sociétés sont
favorisées par les réductions d’impôts.
Le gouvernement
Harper maintient la tradition injuste du parti libéral qui déplace le fardeau de
la taxe fédérale des sociétés aux familles des travailleurs. En 2000, lorsque
les libéraux dirigeaient le pays, le taux d’imposition fédéral des sociétés
était de 30 % pour passer 21 % en 2004. Puis, le gouvernement Harper le
réduisait à 19,5 % en 2008 et il prévoit l’abaisser à 15 % d’ici 2012. En
quelque 12 ans seulement, le taux d’imposition des sociétés fédéral a été coupé
de moitié, devenant ainsi l’un des plus faibles du monde industrialisé.
Selon une étude
récente menée par la Bibliothèque du Parlement, ces réductions d’impôts
consenties aux sociétés entraîneront une perte cumulative de 170 milliards $ de
revenus délaissés par Ottawa. En ces temps de difficultés économiques, nous
pourrions consacrer cet argent au financement de plus grandes priorités, par
exemple, créer des emplois, améliorer notre système de santé, diminuer les frais
de scolarité dans les collèges et universités, créer un système national
d’éducation de la petite enfance, protéger l’environnement et améliorer les
infrastructures publiques.
M. Harper aime nous
rappeler que les réductions d’impôts aux sociétés créeraient des emplois, ce qui
est complètement faux. Si ces réductions suscitaient automatiquement de nouveaux
emplois – plus facile à dire qu’à faire – les réductions d’impôts radicales de
la dernière décennie auraient entraîné la plus vaste création d’emploi de la
génération. Notre économie a plutôt fait perdre de bons emplois dans l’industrie
manufacturière pendant des années, ce qui nous place devant une profonde
récession économique et un taux de chômage qui monte en flèche.
Des études menées
par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ont
démontré que le niveau d’imposition aux sociétés était déjà nettement inférieur
au niveau moyen des États-Unis et parmi les plus bas dans les pays du Groupe des
huit. Mais comment demeurer « compétitifs »? La grande entreprise et les
politiciens exagèrent lorsqu’ils prétendent que les réductions d’impôts aux
sociétés ont pour but d’encourager les investissements et la création d’emplois.
Les profits supplémentaires tirés des réductions d’impôts servent habituellement
à augmenter les régimes de rémunération des dirigeants et les gains versés aux
actionnaires.
Les réductions
d’impôts, une vaste supercherie
Les réductions
d’impôts sur le revenu (leur importance, leurs coûts, les bénéficiaires et leur
fonctionnement) représentent l’une des plus grandes supercheries de la politique
actuelle. Elles favorisent de façon affligeante les plus riches. Des études
menées par le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA) ont démontré de
toute évidence que tel fut le cas au cours des dix dernières années. Voilà qui
explique l’écart qui sépare les riches et des pauvres au Canada, un écart jamais
vu dans l’histoire canadienne d’après-guerre.
Même la structure
de notre système d’imposition est devenue dégressive. Nous appliquions
habituellement dix tranches d’impôts. Il ne nous en reste maintenant que quatre
et le taux le plus élevé est fixé à 29 % pour les revenus supérieurs à 126
264 $. Pourquoi ne pas établir une tranche pour les revenus supérieurs à 200
000 $, une autre à 300 000 $ et ainsi de suite jusqu’aux revenus dépassant 700
000 $? La différence de ces taux imposés aux personnes à faible revenu et ceux
imposés aux plus riches se rétrécit rapidement. Cette politique a complètement
ruiné le principe de l’équité fiscale.
M. Harper vend les
réductions d’impôts comme le remède miracle à tous les problèmes. En 2006,
lorsque l’économie était florissante et qu’Ottawa déclarait des excédents
budgétaires, il a eu l’idée lumineuse de réduire l’imposition sur le revenu des
riches, celle des sociétés et la TPS. Et maintenant, notre économie nage en eau
trouble. Le gouvernement d’Ottawa a accumulé le plus important déficit de son
histoire. M. Harper connaît bien nos besoins lorsqu’il déclare : « Je sais ce
qu’il vous faut, ce sont davantage de réductions d’impôts ».
Il a même fait un
pas en avant. En juillet 2009, après le Sommet du Groupe des huit en Italie, il
a déclaré dans une entrevue au Globe and Mail : « Je
crois qu’aucune taxe n’est une bonne taxe ». Une telle déclaration est étonnante
de la part d’un premier ministre. En poursuivant la logique de M. Harper, nous
concluons que toutes les dépenses du gouvernement sont mauvaises.
Dans sa pensée, M.
Harper croit que le seul bon gouvernement est celui qui n’existe pas. Nous
savons très bien qu’il s’accroche à une idéologie méprisante à l’endroit de
toute personne qui perçoit le gouvernement (nos impôts) comme un moyen de bien
faire en assurant des programmes sociaux. Mais, même aux yeux de M. Harper,
cette idéologie s’est certainement dissipée l’an dernier lorsque Wall Street
s’est effondré, que Lehman Brothers a déclaré faillite et que le gouvernement
américain a pris le contrôle des géants hypothécaires Fannie May et Freddie Mac.
Même les plus ardents défenseurs du capitalisme aux États-Unis se sont adressés
au gouvernement pour sauver le marché libre.
Les impôts sont le
prix à payer pour l’intérêt commun.
L’ensemble des
Canadiens comprend que nous devons prendre soin de nous-mêmes et les uns les
autres, sinon, qui le fera à sa place. Comme chacun paie sa juste part d’impôts,
nous formons un pays unique, un endroit où nous vivons tous ensemble.
Depuis des
générations, tout le monde est d’accord sur l’importance de partager notre
richesse dans l’intérêt commun. Somme toute, sans ce consensus et les impôts qui
l’alimentent, nous n’aurions pas de programme de soins de santé universel, de
Régime de pensions du Canada à l’intention des personnes âgées, de système
d’éducation poste-secondaire de qualité, d’infrastructures publiques, de
policiers et de pompiers qui veillent sur nous, d’une organisation judiciaire
pour appliquer les lois, de parcs nationaux à apprécier et d’un système pour
faire régner la paix.
Le fait que
personne ne peut se permettre d’acheter les services que nous procurent nos
impôts est à la fois simple et irréfutable. En outre, les Canadiens ont réalisé
depuis longtemps qu’il existe en ce monde des choses beaucoup plus importantes
que les réductions des impôts, notre qualité de vie et une société civilisée,
par exemple. Mais, nous reconnaissons cependant qu’un plus grand nombre de
besoins doit être comblé pour que le Canada soit vraiment sensible et représente
la société juste que nous désirons tous.
L’ensemble des
impôts n’est pas trop élevé au Canada.
Un grand nombre de
personnes hésitera à croire qu’en additionnant tous les impôts que nous payons,
ils ne sont pas si élevés au Canada. Mais l’une des affirmations les plus
manifestement trompeuses qui circulent veut que les politiciens, la classe riche
et les grandes sociétés soient les citoyens les plus lourdement taxés du monde
industriel. Rien de plus faux.
En réalité, le
montant total des impôts au Canada, en pourcentage du PIB, est nettement
inférieur à la moyenne de l’OCDE. En 2006, concernant le taux d’imposition au
pourcentage du PIB, le Canada s’est classé au 10e rang parmi les 30 pays de
l’OCDE. Il serait bon qu’un plus grand nombre de Canadiens réalise qu’en matière
d’imposition, nous sommes dans l’ensemble bien traités au Canada.
Le choix est
évident.
Il nous faut faire
un choix. Nous pouvons laisser nos gouvernements saboter notre qualité de vie en
imposant des taxes plus nombreuses et inéquitables comme la TVH. Mais nous
pouvons demander une réforme de l’imposition en profondeur où l’équité,
l’égalité économique et la justice sociale sont des objectifs définitoires.
La TVH est une taxe
injuste parce qu’elle cible les familles à faible et à moyen revenu et qu’elle
déplace le fardeau des sociétés pour le placer sur les épaules des familles des
travailleurs. Au lieu d’instaurer une TVH injuste ou de réduire davantage les
impôts, il serait préférable de demander à nos gouvernements de poursuivre les
deux objectifs suivants :
-
annuler les réductions d’impôts aux
sociétés prévues et élargir leur assiette fiscale;
-
ajouter davantage de tranches d’impôts
aux échelons supérieurs de notre système d’imposition afin qu’il soit plus
progressif.
Au cours des
prochaines années, les débats sur la réforme fiscale au Canada n’auront pas la
même importance que certains des plus grands déficits fédéraux et provinciaux
jamais vus. Il nous faut que le plus grand nombre de personnes possible explique
pourquoi l’équité fiscale serait une bonne chose. Sinon, les débats axés sur la
réduction du déficit se limiteront aux compressions des dépenses dans les
services publics. Notre qualité de vie est en jeu. Il nous appartient de
répandre le message sur l’équité fiscale.
James Clancy
Président national
SNEGSP
James Clancy est le
président du Syndicat national des employées et des employés généraux du secteur
public (SNEGSP), l’une des plus importantes entités syndicales au Canada qui
regroupe plus de 340 000 membres. Notre mission a pour but d’améliorer la vie
des familles des travailleurs et de bâtir un Canada plus fort en veillant à ce
que notre richesse commune soit utilisée dans l’intérêt de tous. SNEGSP