Le nouveau « gouvernement » des élites des marchés
4 janvier 2012
Chers amis,
Les marchés boursiers sont désormais plus puissants que les États. Les
gouvernements, qui suivaient autrefois les règles de la démocratie, se
plient désormais aux volontés de la nouvelle « privilègecratie ». Les renflouements ont remplacé les bulletins de vote.
Des États, comme la Grèce et l’Italie, ont cédé devant les menaces et les
gouvernements élus ont été remplacés par des cabinets de technocrates. Leur
mandat est simple : mettre en place les coupures que demandent ceux qui nous
ont mis dans le bourbier.
Et quelles sont les personnes visées par les coupures? Les gens ordinaires,
comme vous et moi, qui ont travaillé d’arrache pied pour concrétiser leurs
rêves, acheter leur maison, mettre en place des services, ou profiter de
leur retraite. Oublions notre idéal qui visait à faire en sorte que la
prochaine génération vive mieux que la précédente. On a compris que les
marchés financiers avaient une toute autre vision de la société. Dans de
nombreux pays, ils ont déjà fait main basse sur le pouvoir.
Cette soi-disant économie de marché concerne une multitude de personnes,
mais seuls quelques privilégiés décident et tirent les ficelles. Qui
sont-ils?
Des spéculateurs financiers de tous poils se sont emparés du pouvoir. De
quoi glacer le sang de tous ceux qui estiment que les pays démocratiques et
indépendants ont pour mission de servir leurs citoyens plutôt que de les
asservir. L’interdépendance des marchés financiers mondiaux menace la survie
des démocraties et leurs valeurs de liberté, de justice et d’équité sociale.
C’est pour cette raison que nous devons être très vigilants. Aujourd’hui,
les marchés sont manipulés par quelques privilégiés qui tirent les ficelles.
Les crises engendrent presque toujours des changements. Pour certains, la
crise actuelle peut être un prétexte pour renforcer les principes injustes
du système capitaliste. Afin d’éviter l’instauration d’une nouvelle forme de
terrorisme – le terrorisme économique – nous devons rester vigilants et nous
poser les bonnes questions.
Nous connaissons tous le message que nous répètent sans cesse les médias,
les porte-paroles d’entreprises, et les gouvernements : nos problèmes
découlent de la « crise financière ». On peut y ajouter récession,
dépression, correction, inflation et déflation – des symptômes tous plus
alarmants les uns que les autres. Pour soigner ces maux, nos dirigeants
proposent qu’un remède soit administré aux travailleurs, ceux qui sont
syndiqués en particulier.
Pour justifier un tel remède, ils nous expliquent d’abord que le fossé entre
la classe moyenne et les plus démunis ne cesse de grandir. Ensuite, ils nous
promettent que les coupures dans les services et que d’autres mesures
d’austérité nous ramèneront la prospérité – que la classe moyenne
connaissait dans le passé.
Plus la qualité de vie de la classe moyenne se détériore, plus ils insistent
pour nous convaincre que leur remède est le bon. Les citoyens de la classe
moyenne, qui souhaitent que l’on trouve des solutions, (et qui n’ont que
très peu de pouvoir) sont les victimes de cette situation, bien malgré eux.
Ils restent convaincus qu’en faisant quelques sacrifices et en se serrant la
ceinture, ils pourront retrouver leur niveau de vie. La simplicité de la
solution séduit les gens, mais au bout du compte, les résultats sont
toujours décevants. Les marchés dégringolent. Les emplois disparaissent. Les
maisons perdent de leur valeur et les retraites diminuent comme peau de
chagrin.
Peut-être bien que le marché rebondira un jour prochain. Si oui, les
perdants auront été fous de ne pas avoir investi « à long terme ». Les
gagnants engrangeront leurs bénéfices et le fossé entre les nantis et les
gens ordinaires continuera de se creuser.
Les gouvernements subissent d’intenses pressions afin de réduire les
dépenses et les services. Les entreprises du secteur privé à but lucratif
guettent afin de tirer profit des services publics qui seront privatisés.
Pour faire du profit, elles réduiront les services procurés et les salaires
de leurs travailleurs.
C’est la raison pour laquelle, les forces du marché devraient être
contrôlées. Les forces du marché n’ont que faire de la démocratie, encore
moins des gens ordinaires. Elles s’intéressent seulement à l’argent et au
profit. C’est pur et simple.
Que pouvons-nous faire? Nous avons d’abord besoin d’un système fiscal
équitable. Si les travailleurs payent des impôts pour chaque dollar qu’ils
gagnent, pourquoi est-ce que les plus nantis n’en paieraient-ils pas?
Pourquoi est-ce que les patrons de sociétés profitent de niches fiscales qui
leur donnent la possibilité d'éviter de payer la part d’impôt qui leur
revient, alors que la plupart des contribuables n’en bénéficient pas ?
On doit ensuite instaurer des pénalités et des mesures incitatives dans le
système du marché boursier afin de mettre un terme à cette culture du pari
et du gain. Une taxe sur les opérations boursières constituerait un bon
début.
Enfin, les gouvernements doivent persévérer afin de demander l’instauration
d’un code de déontologie et de principes entourant ces pratiques. Les
gouvernements doivent assumer ce rôle de réglementation, car ils constituent
l’unique contre-pouvoir aux marchés privés. De plus, on estime que
l’instauration d’une réglementation rendrait service aux marchés dans
l’avenir.
On voit actuellement les conséquences de ces procédés, à l’instar de la
situation à l’usine d'Electro Motive Diesel, appartenant à la multinationale
Caterpillar, à London. Il n’y a pas longtemps, le premier ministre du
Canada, Stephen Harper, tenait une conférence de presse à l’usine afin de
souligner l’importance des investissements de l’employeur dans le secteur de
la fabrication. Aujourd’hui, le même employeur met ses employés en lockout
en leur demandant de choisir entre une réduction de moitié de leurs salaires
et avantages sociaux ou leur emploi. Une telle situation se produit alors
que Caterpillar engrange d’énormes profits. Il faut préciser que les
travailleurs d'Electro Motive Diesel ont des salaires équivalents à ceux de
leurs homologues de l’industrie lourde dans la région. Il s’agit de réduire
les salaires et les avantages sociaux afin d’acquérir toujours plus de
pouvoir.
Au bout du compte, les responsables devront passer devant la justice. Nombre
de gens ordinaires ont tout perdu à cause du dernier effondrement du marché.
Nous savons que les banquiers et les investisseurs n’ont aucuns scrupules à
jouer avec l’argent des autres. Comment peut-on accepter que des citoyens,
qui respectent les lois soient jetés à la rue, à cause de l’appât du gain de
certains? Si les voleurs à l’étalage passent devant les tribunaux, comment
se fait-il que les plus grands voleurs et escrocs de l’histoire échappent à
la justice?
Nous traversons une période tumultueuse, avec beaucoup d’incertitude et
d’instabilité, dont tous les fiascos sont le fruit de décisions prises à
huit clos par un petit nombre, mais puissants de privilégiés. Nous devons
être conscients du fait que notre liberté, le trésor pour lequel les gens
ordinaires se sont battus, est en danger.
La démocratie et un capitalisme réglementé doivent aller de pair – comme le
pain et le beurre, l’un ne va pas sans l’autre. Le capitalisme sauvage
engendre un système totalitaire qui ne profite qu’à un petit nombre au
détriment du plus grand nombre. En s’isolant et en devenant de plus en plus
vicié, un tel système ne répond plus aux besoins de la société.
On connait l’opinion des élites privilégiés, à l’instar de celle de l’épouse
d’un roi de France, qui face aux protestations du peuple affamé avait
déclaré : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche! ». Une
déclaration qui a déclenché une révolution.
Face aux pressions économiques et politiques qui s’accentuent, nous devons
faire front ensemble afin d’affronter les menaces et les changements à venir.
Chaque membre du SEFPO a un rôle à jouer. Il est temps de passer à l’action.
Les membres du SEFPO peuvent s’impliquer en participant aux travaux de la
Commission sur la qualité des services publics et l'équité fiscale et en
consultant
www.standupontario.org. La Commission tiendra des audiences et
assemblées publiques afin que les Ontariennes et les Ontariens puissent
avoir leur mot à dire.
En toute solidarité,
Warren (Smokey) Thomas
Président, Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario
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