Les travailleurs portent le fardeau des « compressions » provinciales
Toronto Star:
Publié le 19 novembre 2010
Une pourvoyeuse de soins d'une maison de
soins infirmiers qui gagne 35 000 $ par année ne reçoit habituellement pas
trop d'attention de la part des médias.
Elle nourrit nos parents et nos
grands-parents. Elle les aide lorsqu'ils ont besoin d'aller aux toilettes.
Elle s'efforce d'enrichir leurs dernières années d'existence. Parfois,
elle leur tient la main alors qu'ils nous quittent.
Rien de tout cela ne fait la une des
nouvelles. C'est du travail en coulisse, où la plupart des travailleurs
passent leurs journées.
Par contre, lorsqu'un arbitre déclare que
le salaire d'une pourvoyeuse de soins devrait tenir compte de l'inflation,
tout à coup, cette personne fait la une des médias.
En vertu du projet de gel salarial de
Dalton McGuinty, notre pourvoyeuse de soins devrait accepter une réduction
de salaire de deux ans égale au taux d'inflation. Au taux normal, cela se
traduit par une réduction de 4 pour cent, soit 1 400 $ par année. (Cette
année, la coupure est encore plus importante, si l'on tient compte de la TVH.)
Le premier ministre a dit qu'il
n'arrivait pas à comprendre pourquoi un technologue de laboratoire formé
pour diagnostiquer 45 types de cancer ne voulait pas accepter une réduction
de salaire.
Il devrait peut-être examiner son « gel »
salarial au microscope pour voir de quoi il s'agit vraiment.
McGuinty dit que les coupures sur les
salaires réels protégeront les services et les emplois, et permettront de
réduire la dette. Ça semble parfait — dommage que cela ne soit pas vrai.
Le fait est qu'aucun des dollars que
perdent les travailleurs ne sert à cela. Tous ces dollars vont ailleurs.
Une fois le gel salarial entièrement mis
en œuvre, les économies produites pourraient atteindre 1,8 milliard de
dollars par année.
Où vont vraiment tous ces dollars ?
C'est simple, ils servent à financer la
réduction des impôts des sociétés accordée par le premier ministre...
laquelle se monte à 2,4 milliards de dollars par année.
Chaque dollar auquel les travailleurs
renoncent en raison du gel salarial est ajouté aux bénéfices de sociétés
comme la Banque Royale du Canada, Rogers et l'Impériale. C'est ça que mes
membres n'arrivent pas à avaler.
Le premier ministre dit que l'Ontario
doit réduire l'impôt sur les bénéfices. Il dit que ces réductions
permettront de créer des emplois.
Ce mantra du gouvernement Mike Harris n'a
qu'un seul objectif : celui de masquer un transfert massif d'argent, des
poches des travailleurs aux primes des PDG.
Les faits relatifs à la réduction de
l'impôt sur les bénéfices ne correspondent en rien à la version de Dalton.
Dans son étude intitulée Choix
concurrentiels 2010, KPMG a déclaré que
l'indice de fardeau global au Canada était le deuxième plus bas parmi 10
pays concurrents. Les impôts des sociétés sont moins élevés à Toronto que
dans toutes les villes américaines et européennes étudiées.
Entre la Colline du Parlement et Queen’s
Park, on compte 10 années de réduction des impôts des sociétés en Ontario.
En théorie, ces réductions devraient avoir fait augmenter les
investissements. En fait, le taux d'investissement a baissé.
Dans son budget 2010, le gouvernement
fédéral a classé la réduction des impôts des sociétés comme le pire des
moyens pour stimuler la création d'emplois.
Les économistes fédéraux disent que
chaque dollar dépensé sans conditions en réductions du taux d'imposition du
revenu des sociétés ne crée que 30 cents d'activité économique.
En revanche, les mesures visant à aider
les personnes à faible revenu et les personnes au chômage en créent 1,70 $ —
soit plus de cinq fois plus. Les dépenses d'infrastructure et liées aux
services publics se classent presque au même niveau.
La meilleure façon de fortifier
l'Ontario, c'est de mettre de l'argent dans les poches des travailleurs.
C'est de consacrer des fonds aux services d'aide à l'enfance, aux
transports en commun et à l'éducation postsecondaire. C'est de nourrir et
loger les personnes qui sont incapables de trouver un emploi.
Ce n'est pas d'imposer un gel salarial.
Les arbitres prennent les décisions
qu'ils prennent parce qu'ils savent que les gouvernements font des choix.
Nous ne vivons pas à une époque de
restriction budgétaire, comme le premier ministre le prétend.
Plutôt, nous vivons à une époque de
restrictions pour les travailleurs et de cadeaux luxuriants pour les
sociétés.
En 2009, les six grosses banques du
Canada ont versé des primes de 8 milliards de dollars et enregistré des
profits de 14 milliards de dollars.
Peut-on vraiment blâmer un nettoyeur
d'hôpital à qui l'on demande de se serrer la ceinture tandis que les
banquiers font la fête ?
Le problème en Ontario de nos jours, ce
n'est pas que certains arbitres ignorent le gel des salaires de Dalton
McGuinty. Le problème, c'est que le gel des salaires lui-même est
arbitraire et injuste et qu'il constitue un pas en arrière pour les
économies locales.
En tant que travailleurs, mes membres
sont toujours prêts à parler des façons de protéger les services publics et
les emplois. Toutefois, nos familles ne peuvent pas se permettre de faire
don de leurs salaires pour financer les profits des sociétés.
Solidairement,
Warren (Smokey) Thomas, président
Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario
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