« La seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même. »
28 janvier 2012
Ces quelques paroles prononcées par
Franklin Delano Roosevelt, président démocrate et architecte du « nouveau
pacte », sont aussi vraies aujourd'hui qu'elles l'étaient alors. Près de
80 ans plus tard, l'élite du secteur privé se sert de la crainte pour
atteindre son but.
Pensez-y. Nous vivons constamment dans la
crainte des menaces d'un effondrement économique. On ne cesse de nous
répéter que les coffres sont vides, qu'il nous faut faire davantage avec
moins, que nous devons nous montrer plus productifs, que nous devons donner
plus que nous recevons et que nous devons vivre selon nos moyens.
L'objet de ces recommandations est
simple : nous paralyser par la peur.
C'est pourquoi les conservateurs ne
cessent d'épiloguer sur le déficit et sur le fait que le gouvernement ne
peut plus se permettre de dépenser plus qu'il ne gagne. Une fois élus, ils
promettent d'arrêter de dépenser et de réduire les impôts et les recettes.
Le résultat, on le connaît : on passe le hachoir ici et là dans les services
publics et on en privatise d'autres. On sacrifie le patrimoine laissé par
les générations précédentes pour enrichir des « amis ». On transforme en
entreprises des institutions bâties par nos ancêtres pour établir la paix,
l'ordre et une bonne gouvernance. Un patrimoine laissé au public pour le
bien de la société tombe entre les mains d'intérêts privés pour des gains
personnels. Rien qu'en Ontario, il suffit de songer à Teranet, à la société
ORNGE, à cyberSanté, aux magasins de franchise de la LCBO et à la 407.
Du temps a passé et on constate
aujourd'hui que les intérêts privés s'opposent à l'intérêt collectif. Ces
cas en témoignent. Les intérêts privés augmentent, l'intérêt collectif
diminue.
Et n'oublions pas que ceux qui nous
disent de vivre selon nos moyens ont fait fortune avec l'argent d’autrui. Si
les grandes sociétés conduisaient leurs affaires avec les fonds disponibles
en caisse, elles n'auraient d’autre choix que de vivre dans un monde
beaucoup plus petit. Le capitalisme repose sur le crédit et sur la volonté
des banques d'accorder ce crédit.
Après tout, que feraient les entreprises
sans clients! C'est pourquoi il est normal que les augmentations salariales
des travailleurs soient justes et correspondent à leur contribution. De
cette façon, nous pouvons dépenser ce revenu discrétionnaire sur les
produits et services que fournit le reste de l'économie.
Comment aborder le désir de partager les
richesses? Les partisans de la droite exploitent la crainte du peuple pour
faire avancer leur cause et grignoter dans notre part du gâteau économique.
C'est pourquoi ils veillent à ce que les médias, qui leur appartiennent,
communiquent des messages qui jouent sur cette peur.
Quels sont ces facteurs de crainte?
L'effondrement imminent de l'Euro; une bulle immobilière prête à exploser,
selon certains; un marché boursier volatile; le surendettement personnel; le
prix du baril de pétrole qui joue au yoyo; les dépenses inconsidérées du
gouvernement; les pensions plaquées or du secteur public et la gourmandise
des syndicats.
C'est de cela dont ils se servent pour
pointer du doigt tout le monde sauf eux-mêmes. Ils laissent entendre que les
travailleurs syndiqués sont responsables de tous ces problèmes. Ils
prétendent que la période de vaches grasses pourrait revenir, mais seulement
si les travailleurs acceptent de travailler plus pour moins.
Regardons les choses en face! Crainte et
catastrophisme servent les intérêts des riches qui contrôlent notre monde.
Ils servent l'enrichissement et l'appétence de pouvoir des nantis.
Mais changeons maintenant le discours.
Et pour ce faire, le SEFPO appuie les
efforts de la Fondation des services publics du Canada. La Fondation, qui
tient des audiences à travers l'Ontario, fait ressortir d'autres réalités,
des réalités que néglige l'enquête secrète de Monsieur Don Drummond. Le
message entendu explique clairement pourquoi l'économie patauge :
-
Une injustice profonde règne dans
le système. Le dollar que gagne une personne comme vous et moi n'est pas
taxé de la même façon que le dollar gagné par un riche.
-
Les services dont tant de gens ont
besoin sont supprimés ou rendus plus dispendieux par la privatisation.
-
Tandis que certains se sont
enrichis, les salaires des travailleurs n'ont pas suivi l'augmentation du
coût de la vie. C'est simple, on ne peut pas dépenser ce qu'on n'a pas.
-
Plutôt que de créer des emplois,
les réductions d'impôts des sociétés privent le peuple de services
essentiels en cette période économique difficile.
Qu'arrive-t-il lorsque les salaires
stagnent et les dépenses et la demande chutent? Les gens normaux n'ont
simplement pas de fonds discrétionnaires à dépenser. Pour s'en sortir, et
plus particulièrement en cas d'imprévus, ils doivent souvent s'endetter. On
ne peut pas mettre d'argent de côté quand l'asphyxie financière nous guette
jour après jour.
Le prix des logements a beaucoup augmenté
au cours des dernières années, contribuant à une hausse du niveau
d'endettement de nombreux individus. Pendant un certain temps, cette
tendance a protégé l'économie. Si le prix des logements venait à
dégringoler, bien des gens perdraient leur investissement et seraient tenus
de rembourser l'argent emprunté aux banques et sociétés de prêts
hypothécaires. De nombreux analystes semblent croire que le prix des
logements va baisser et que cette baisse entraînera un recul de notre
fortune personnelle de 25 pour cent, du jour au lendemain. Et alors?
Deux vérités ne seront pas publiées dans
les médias.
La première est l'écart des revenus entre
les riches et les pauvres. Cet écart est dû à une baisse des salaires réels,
et plus particulièrement au sein de la classe moyenne. Cette tendance évolue
en parallèle avec le déclin du taux de participation syndicale.
Nous savons que les syndicats servent de
voix aux plus faibles. Les syndicats viennent en aide aux gens en quête de
justice sociale et économique. Pendant les négociations, les syndicats
aident les travailleurs à obtenir des augmentations salariales qui suivent
la cadence du coût de la vie.
Ainsi, les partisans de la droite
diabolisent les syndicats pour arriver à leurs fins. Une campagne ciblée a
été mise en œuvre pour changer l'opinion publique. On a instauré une
psychose de la peur pour entraîner jalousie et dédain envers les
travailleurs dont le salaire est négocié par un syndicat. On a instauré une
psychose de la peur pour légitimer l'absence de soutien mutuel.
Les tarifs syndicaux sont critiqués, même
s'ils sont loin d'être excessifs, surtout si on les compare aux
rémunérations des PDG d'entreprise, qui, eux, s'expriment en millions. Le
fait est que les salaires négociés collectivement pourvoient simplement à
une vie modeste, bien que confortable.
Où est le problème? Pourquoi les
Ontariens ne devraient-ils pas tous bénéficier des mêmes avantages?
La deuxième vérité est que le dossier de
l'égalité des genres a pris du retard dans le secteur privé. En fait,
l'attaque dirigée contre le secteur public peut être considérée comme une
attaque contre les droits des femmes.
Comptant pour environ 70 pour cent de
l'effectif syndical, les femmes membres du SEFPO se sont battues pour faire
valoir leurs droits. On le voit dans les efforts qu'ont déployés les
syndicats pour faire adopter des lois sur l'équité salariale, et dans les
négociations subséquentes, qui ont conféré une portée réelle à ces lois.
D'autres gains ont été réalisés grâce à un accès amélioré à l'avancement et
aux emplois non traditionnels.
C'est pourquoi lorsque le secteur public
subit des coupures, en tant que groupe, les femmes sont frappées plus
durement que les hommes.
Il est aussi vrai qu'aux niveaux des
postes d'encadrement, des conseils d'administration et de direction, le
secteur privé traîne loin derrière le secteur public. Les entreprises
privées ne nomment pas aussi souvent des femmes aux postes de
responsabilité. Un plafond de verre tient souvent les femmes à l'écart des
promotions dans de nombreuses entreprises.
Enfin, n'oublions pas les efforts
déployés par certaines entreprises pour encourager les gouvernements à
investir dans les organisations à effectif majoritairement masculin. On a vu
cela lorsque des fonds de relance ont été débloqués pour des projets de
construction. Tandis que les travailleurs de la construction obtenaient des
emplois temporaires, les entrepreneurs et entreprises du bâtiment se
graissaient les pattes.
L'argent investi est aujourd'hui recouvré
aux dépens des femmes, qui perdent leurs emplois.
La peur existera toujours. C’est un
phénomène qui fait partie de la condition humaine. En soi, la peur n'est pas
quelque chose de mauvais. Elle peut en fait nous servir de protection. La
question qu'on se pose est la suivante : comment devrions-nous réagir face à
cette peur instaurée par les riches et les puissants pour nous pousser à
leurs fins?
Allons-nous hisser le drapeau blanc? Nous
lèverons-nous pour relever le défi? Battrons-nous en retraite devant les
Drummond et les McGuinty de ce monde?
Non, nous ne lâcherons pas prise. Nous
tiendrons bon et nous gagnerons du terrain. Nous relèverons le défi. Nous
serons présents aux assemblées publiques. Nous travaillerons avec d'autres
membres de la communauté. Nous accentuerons nos pressions à Queen's Park et
dans les bureaux de circonscription des députés provinciaux. Nous nous
ferons entendre aux tables de négociation. Nous nous tiendrons les coudes au
SEFPO pour organiser des travailleurs qui n'ont encore jamais connu les
avantages d'une action collective. Nous réussirons.
Revisitons la déclaration que Franklin
Roosevelt a faite en 1933, et reformulons ses paroles.
Je dis : « N'ayons peur de rien d'autre
que de ne rien faire ». |