Question des élections : Quel genre d'Ontario voulons-nous ?
5 novembre 2010
Suite aux résultats des récentes
élections aux États-Unis et chez nous, on peut se demander où le monde s'en
va ! Et avec une élection provinciale l'année prochaine, lorsque je dis
« le monde », je veux parler de l'Ontario.
Dans certaines courses municipales et
dans le cadre des élections de mi-mandat aux États-Unis, de nombreux
électeurs ont fait passer leur soutien à droite. Au fond, ces candidats
n'aiment pas le gouvernement. Un grand nombre des électeurs qui les
soutiennent blâment le gouvernement pour leurs problèmes.
Quels sont leurs problèmes – leurs vrais
problèmes ? Si vous voulez mon avis, je pense que leur plus gros problème
est l'incertitude économique. Si vous regardez Toronto, par exemple, le
taux de chômage est trop près des 10 pour cent depuis trop longtemps. C'est
déjà grave, mais le revenu des ménages peint une image encore plus
déprimante. Dans le dernier recensement, 24,5 pour cent des ménages à
Toronto étaient des ménages à faible revenu. Ce chiffre se compare à 14,7
pour cent pour l'ensemble de la province.
En dépit de la grande richesse de la
ville, de nombreux travailleurs à Toronto vivent au jour le jour, subvenant
aux besoins de leur famille souvent avec deux ou trois emplois à temps
partiel mal payés. Ils n'ont même pas le temps de voir leurs enfants !
Alors comment pourraient-ils les élever comme il faut ?
Sudbury a également vécu des temps
difficiles récemment. En 2009, Vale, le géant de l'exploitation minière, a
forcé 3 300 mineurs de nickel à faire la grève pendant un an avant qu'ils
acceptent les concessions exigées par la compagnie. Comment les électeurs
de Sudbury ont-ils réagi ? En se débarrassant du progressiste John
Rodriguez et en mettant une dirigeante de Vale sur la chaise de maire. En
jubilant, un dirigeant d'entreprise d'exploitation minière a déclaré, « La
ville a enfin réalisé que nous ne sommes pas une ville de main-d'œuvre, mais
une communauté d'affaires ».
Aux États-Unis, autrefois la seule
économie qui comptait, les travailleurs qui ont défendu Wall Street sont
désormais malmenés par les mêmes gens qu'ils ont secourus. Le marché du
travail est pire qu'ici et les travailleurs américains n'ont pas les
soutiens dont jouissent les travailleurs canadiens, comme par exemple le
système public de soins de santé.
Mais des deux côtés de la frontière, de
nombreux électeurs ont opté pour des candidats qui n'ont pas l'intention de
créer des emplois ou d'améliorer les services publics dont nous avons
besoin. En fait, la situation ne va que s'aggraver. Ainsi, quel est
l'attrait ?
Les soucis des gens sont réels et c'est
toujours facile d'exploiter les craintes de gens préoccupés. Les « Tea
Partiers » et leurs clones ontariens profitent des craintes, des
préoccupations et de la colère des citoyens pour créer un ressac contre les
pseudo-élites. Dans leur version de la réalité, ces élites a) contrôlent le
gouvernement; b) gagnent leur vie grâce au travail de véritables gens; et c)
ne comprennent pas les préoccupations des véritables gens.
La vérité est quelque peu différente :
C'est parce que les élites ne font pas partie du gouvernement du tout.
Elles sont dans les salles de conférence des grandes sociétés.
Le nouveau maire de Toronto, Rob Ford,
est un millionnaire qui dirige une entreprise qu'il a héritée de son père.
Son idéologie est celle d'un dirigeant d'entreprise. Les dirigeants
d'entreprise veulent réduire le salaire des travailleurs. Ils veulent
réduire les impôts des sociétés et des riches, c.-à-d., les leurs. Ils
veulent un secteur public plus petit. Ils veulent que le secteur public se
retire du passage pour donner aux entreprises plus de possibilités
d'investir – et des plus gros profits.
Aux États-Unis, le problème est cent fois
pire. Là-bas, une récente décision de la Cour suprême permet aux sociétés
de dépenser autant qu'elles le veulent sur les campagnes politiques, et de
le faire en secret. Contrairement aux rapports, le « Tea Party » n'est pas
un mouvement « populaire ». Soyons clairs : il est financé par des
milliardaires et sert les fins des milliardaires. (Pour en savoir plus,
lire le récent article de Linda McQuaig
ici.)
De David Miller à Barack Obama, les
politiciens qui ont au moins essayé de résoudre les véritables problèmes des
gens ont reçu une volée dernièrement. Maintenant que les sociétés ont leurs
marionnettes au pouvoir, c'est à leur tour de trouver des solutions. Ils
vont échouer, je le garantis. Et lorsqu'ils échoueront, il sera temps de
parler de véritables solutions pour résoudre les véritables problèmes de
véritables personnes.
Les membres du SEFPO sont de véritables
personnes. Je sais que nous pouvons le faire.
Le premier ministre Dalton McGuinty a
donné aux sociétés les réductions d'impôt qu'elles voulaient – des milliards
de dollars. Le chef du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, Tim
Hudak, impatient de voir arriver les prochaines élections, aimerait aller
encore plus loin en augmentant les attaques contre les fonctionnaires. Ce
ne sont pas de bonnes approches pour notre province.
Le débat dans la prochaine élection doit
être à propos du genre d'Ontario dans lequel nous voulons vivre.
Voulons-nous de bons emplois et des services publics qui permettent aux
gens de vivre décemment, d'élever leurs enfants de façon appropriée et de
prendre leur retraite avec dignité ? Ou voulons-nous un monde de loups
vicieux où le plus gros et le plus méchant des loups a toujours plus qu'il a
besoin et cherche encore à en obtenir davantage ?
Non ! Alors faisons en sorte qu'on nous
écoute. Et faisons-le dès maintenant.
Solidairement,
Warren (Smokey) Thomas, président
Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario
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