La super société se retournera contre McGuinty
Mars dernier, dans le Discours du Trône, le
gouvernement McGuinty a déclaré qu’il prenait en considération la vente de
certaines ou toutes les sociétés de la Couronne de l’Ontario, y compris la
LCBO et la Société des loteries et des jeux de l’Ontario. Depuis ce temps-là,
le SEFPO a travaillé en étroite collaboration avec la Society of Energy
Professionals, qui représente environ 8 000 travailleurs du secteur
d’électricité de l’Ontario. Je suis heureux de souhaiter la bienvenue au
confrère Rod Sheppard, président de la Society, comme co-auteur du message
d’aujourd’hui. -- Smokey

Chères consœurs, chers confrères,
Le 4 juin, un rédacteur du Globe and Mail a
éclairci en quelque sorte
les plans de privatisation de Dalton McGuinty. Apparemment, les Libéraux
veulent transformer les quatre sociétés les plus grosses de la Couronne de
l’Ontario en une société géante. Puis ils veulent vendre 20 pour cent des
actions de la nouvelle « super société » aux investisseurs privés.
À part ça, nous n’avons aucuns détails. Tout
ce que nous savons, c’est que le premier ministre obtienne ses conseils de
Goldman Sachs, une entreprise qui « rarement laisse les intérêts de ses
clients l’empêcher de faire des profits pour elle-même, » comme
un autre journaliste de Globe avait écrit.
La plupart des Ontariens ne comprennent pas
pourquoi nous voulons des conseils de Goldman sur quoi que ce soit.
De toute façon, la super société, c’est une
mauvaise idée; peu importe qui l’avait dans la tête pour commencer.
Ensemble, la LCBO, la Société des loteries et
des jeux de l’Ontario, Ontario Power Generation et Hydro One font des profits
purs de plus de 4 milliards de dollars par an pour la population de l’Ontario.
La vente de tous ou une partie de ces biens représenterait des gains à court
terme, mais des pertes à long terme. Le gouvernement
aurait une injection de fonds unique mais perdrait le revenu continu provenant
de ces biens. Et pour toujours.
L’argent paie pour les écoles, les hôpitaux,
les chemins, l’aide à l’enfance, la protection de l’environnement – toute la
gamme des services publics. Vous pouvez être sûr : la perte de revenu
signifierait les coupures aux services publics.
Sans doute, M. McGuinty se préoccupe
profondément de l’économie de l’Ontario. Mais il se préoccupe plus des
élections provinciales d’octobre 2011.
Vu la situation actuelle, les prochaines
élections seront décidées par les électeurs versatiles centre-droite. Dans les
deux dernières élections, ils avaient voté Libéral.
Il se peut qu’ils ne fassent pas la même
chose cette fois-ci. Les libéraux penchant vers la droite se préoccupent plus
des impôts et des déficits que d’autres Libéraux. D’ici un an, McGuinty a peur
qu’ils n’auraient pas envie d’avaler un déficit qui reste dans des milliards de
dollars à deux chiffres.
Il est évident que M. McGuinty ait besoin
d’un plan pour les électeurs penchant vers la droite. Alors qu’il en retire un
du coffre des jouets de Mike Harris.
En 1999, quatre ans de coupures aux impôts
ont vidé les coffres publics, mettant en danger la réputation des Conservateurs
en tant que gestionnaires fiscaux. Harris avait répondu en donnant aux
investisseurs un bail de 99 ans sur l’autoroute 407. Cette transaction était
une exploitation des contribuables (ayant construit l’autoroute), mais les
milliards de dollars qu’elle a ramassés à aider à cacher le déficit. Les
Libéraux bleus étaient contents et avaient voté Conservateur.
C’est ironique que les mêmes Libéraux de
McGuinty qui protestaient contre la transaction devraient essayer d’en « retirer
une 407 » aujourd’hui.
La plupart des Ontariens considèrent la vente
des biens une très mauvaise idée.
Durant la récession, quand le revenu des
impôts a baissé, les sociétés de la Couronne avaient continué à se faire de
l’argent, tout doucement. Leurs gains ont aidé à garder le gouvernement à flot.
Ça a tout simplement plus de sens d’avoir un revenu continu autre que les
impôts.
Ce n’est pas étonnant que le public ne fasse
pas appel à la vente des biens. De façon étrange, la rue Baie ne le fait pas
non plus, du moins pas publiquement. Mais McGuinty le fait.
Pour McGuinty, l’attrait de la super société,
avec sa privatisation partielle, c’est que ça sonne moins comme la
privatisation.
C’est pourquoi il a fait un sondage auprès
des Ontariens à propos de la vente de 20 pour cent des biens. Il pense que ça
passera mieux, d’une façon ou d’une autre.
Mais ce n’est pas vrai. Vingt pour cent
d’une mauvaise idée c’est … une mauvaise idée.
En tout cas, l’histoire nous montre qu’un
gouvernement qui a profité de l’argent facile veut toujours encore plus. Si nus
vendons une partie des sociétés de la Couronne aujourd’hui, c’est juste une
question de temps que ce gouvernement, ou le prochain, les vendra toutes. C’est
ce qui est arrivé à Petro-Canada. Les Conservateurs de Mulroney ont commencé sa
vente en 1991. En 2004, les Libéraux de Martin l’ont finalement tout vendu.
L’attention des gens ne serait pas détournée
du mauvais calcul de la vente des biens par les paroles incessantes de bonnes
choses que McGuinty pourrait acheter avec cet argent. Lorsque la privatisation,
avec son vrai coût, est placée devant les Ontariens, ils la rejetteront peu
importe comment le premier ministre essaie de la raconter.
Politiquement parlant, la super société est
moins d’un coup de maître qu’un geste de désespoir. Accompagné de la perte de
revenu, il y un autre problème : la perte de contrôle. Comment McGuinty peut-il
garder un couvercle sur les prix de l’électricité quand les investisseurs privés
demandent plus de profits ? Et si jamais ils font pression pour plus de
commercialisation agressive d’alcools et de jeux, au détriment de notre santé et
de nos enfants ?
Nous prévoyons que cette privatisation, si on
essaie de la faire démarrer, ne réussira pas à impressionner les Libéraux bleus
à tous les fronts. Mais d’un autre côté, dans l’univers des Libéraux, la
privatisation sera une affaire d’une importance primordiale. Si la vente des
biens est sur la table, un bloc important filera vers les Nouveaux démocrates en
protestation.
Si la super société se produit, elle se
retournera contre McGuinty. Et ça peut change toute la dynamique des élections
2011.
En toute solidarité,
Warren (Smokey) Thomas
Président, Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario
Rod Sheppard
Président, Society of Energy Professionals
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