Les normes d'emploi, les droits
de la personne et la LCBO
2 juin 2009
Il y a quelques
temps, le Globe and Mail publiait une série d'articles sur l'augmentation
alarmante des emplois à temps partiel mal payés. Ces articles avaient été
publiés après un rapport du Conseil économique du Canada sur l'érosion des bons
emplois – soit les emplois à temps plein réguliers à salaire décent.
La situation vous
semble-t-elle familière ? La source principale des auteurs aurait pu être la
position de négociation actuelle de la régie des alcools de l'Ontario face au
SEFPO. En vérité, le rapport du Conseil économique du Canada, qui n'existe plus
aujourd'hui, date d'il y a 20 ans, et le Globe avait publié cette série
d'articles quelques années plus tard, en 1993. Le mouvement ouvrier canadien se
bat avec ce même problème depuis des générations.
Depuis les années
1970, le SEFPO, issu alors de l'Association des employés et employées de la
fonction publique de l'Ontario (Civil Servioce Association of Ontario), est
témoin d'une augmentation constante et impressionnante du nombre d’emplois à
temps partiel et occasionnels. C'est une évolution troublante qui concerne
autant le secteur privé que le secteur public.
Nous n'avons pas
besoin de chercher loin les raisons clés de ce phénomène – la croissance et le
pouvoir des employeurs transnationaux, la restructuration du travail et le fait
que le travail soit souvent confié à l'étranger, dans des pays où les salaires
sont moins élevés, et l'effet de déplacement de la main-d'œuvre toujours
croissant des nouvelles technologies. Sans parler de la tendance incessante des
employeurs vers une production plus souple et « dégraissée ». Alors que nous
résistions à être plus « souples », les gouvernements provinciaux et fédéral
cherchaient constamment à bloquer ou contrôler nos salaires ou encore à
privatiser les programmes publics.
Ici, en Ontario, le
SEFPO est aux premières lignes de la lutte visant à conserver des emplois à
temps plein décents. Comment assurer autrement la stabilité professionnelle et
la qualité de vie à long terme dans nos familles ?
Quel que soit le
gouvernement au pouvoir, riche ou endetté, bleu ou rouge, son intention a
toujours été de saper notre sécurité d'emploi. Nous sommes choqués par les
attentes en matière de négociation d'une société d'État aussi riche et rentable
que la LCBO. Elle déverse des millions et des millions de dollars par semaine
dans les coffres du gouvernement McGuinty. Malgré cela, la LCBO exploite la
majorité de sa main-d'œuvre de réserve la moins bien rémunérée – des milliers
d'employés occasionnels, tous soumis à des salaires à plusieurs niveaux et à une
quantité d'autres iniquités connexes.
Quand il s'agit de
résister au salaire égal à travail égal, je n'arrive pas à penser à un employeur
du secteur public qui soit pire que la LCBO.
Pour toutes ces
raisons, j'ai été très encouragé cette dernière semaine par Cheri DiNovo,
critique des Normes d'emploi du NPD, qui dévoilait un projet de loi d'initiative
parlementaire conçu pour finalement transporter la Loi sur les normes d'emploi
dans le vingt-et-unième siècle.
Un point majeur de
la proposition législative est une disposition concernant la garantie de salaire
égal à travail égal. Une fois cette nouvelle loi promulguée, les employeurs ne
pourront plus légalement imposer la grossière iniquité de taux salariaux à
plusieurs niveaux pour le même travail.
Ce genre de droit
du travail éclairé prend gentiment sa place partout en Europe. C'est un droit
civique fondamental et la main-d'œuvre de première classe des magasins du LCBO
ne méritent rien de moins. Rien ne peut justifier l'obstination à conserver des
taux salariaux différents pour le même travail, basés seulement sur le statut
d'un travailleur, à temps partiel, à contrat, saisonnier ou temporaire.
La disposition du
projet de loi garantissant le salaire égal rendra enfin la loi ontarienne
conforme à la Déclaration universelle des droits de l'homme. Elle augmentera
également le pouvoir et la portée du travail des membres du SEFPO au ministère
du Travail qui sont responsables de faire exécuter les normes d'emploi.
Quand elle sera
soumise à l'étude à Queens Park, cette initiative devra se mériter le soutien de
tous les partis. Lorsqu'une telle occasion de faire avancer les droits de la
personne se présente, la partisanerie des différents partis politiques n'a pas
sa place.
En toute solidarité,
Warren (Smokey) Thomas
Président
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