Théâtre politique à Queen’s Park
Chères consœurs, chers confrères,
Un budget public est habituellement une
déclaration politique déguisée en document financier. Et le budget de l'Ontario
daté du 25 mars dernier ne fait pas exception.
Nous savions déjà ou aurions pu deviner ce
qu'il contiendrait. Le discours du Trône et les diverses fuites des médias nous
avaient donné une bonne indication de ce à quoi le budget ressemblerait.
Toutefois, une chose était nouvelle : le gouvernement McGuinty cessera de
verser des nouveaux fonds pour les prochaines augmentations salariales des
personnes qu'il paie. On parle ici, entre autres, des membres du SEFPO.
Les Libéraux n'essaieront pas de rouvrir les
contrats existants ou d'imposer des « Jours Dalton » sans paie. Plutôt, ils ne
donneront plus d'argent aux employeurs du secteur public pour augmenter le
salaire de leurs employés.
Si le renouvellement de votre convention
collective approche, sachez que ce budget vous garantit une réduction de
salaire. C'est parce qu'une augmentation de zéro pour cent correspond en fait à
une réduction de deux pour cent, si l'on tient compte du taux d'inflation. Et
si vous n'acceptez pas la réduction de salaire, vous pouvez toujours opter pour
une mise à pied.
Peut-être vous direz-vous que le gouvernement
cherche à limiter les dépenses et que ce qui arrive est normal. Mais le budget
n'est pas un budget de restrictions. En fait, un rapide coup d'œil sur le
budget nous montre que les dépenses publiques augmenteront de 8 millions de
dollars cette année. Une augmentation globale de 6,9 pour cent !
Il est vrai qu'une grosse partie de ces fonds
sera utilisée à bon escient. On a prévu des fonds pour la garde d'enfants.
Pour la formation et l'éducation. Pour ajouter des vérificateurs des normes
d'emploi, pour attraper les employeurs qui profitent de leurs employés. Tout
ça, c'est bien. Mais si ce budget n'est pas un budget de restrictions, alors
pourquoi couper sur les salaires des fonctionnaires qui, si l'on en croit aux
paroles de Dwight Duncan, ministre des Finances, « contribuent grandement à la
santé et au bien-être de la province » ?
Ce n'est pas comme si l'argent économisé
faisait une grande différence. Selon le ministre, on parle de 750 millions de
dollars sur deux ans. Ça peut vous sembler beaucoup, mais c'est à peine un
tiers de ce qu'il reversera dans les poches des hommes d'affaires et de leur
conseil à partir du 1er juillet avec la réduction du taux
d'imposition des sociétés.
En fait, le ministre nous dit que celui ou
celle qui prend l'autobus pour se rendre à son emploi occasionnel à la LCBO pour
un salaire annuel de 20 000 $ est responsable du déficit, tandis que celui ou
celle qui grimpe dans sa BMW pour se rendre à un souper de financement du
gouvernement McGuinty à 950 $ l'assiette ne l'est pas.
Rien n'est plus faux.
Les salaires du secteur public de l'Ontario
sont loin d'être trop élevés. Nos dépenses publiques globales sont les
deuxièmes moins élevées de toutes provinces et tous les territoires du Canada.
Le fardeau fiscal des sociétés de cette
province n'est pas trop élevé. En fait, le taux d'imposition des sociétés est
le même ici qu'aux États-Unis.
Les votes montrent que beaucoup d’électeurs
croient que nos dépenses sont trop élevées et que beaucoup d'autres croient que
la réduction d’impôts des sociétés permet de créer des emplois. (En fait, c'est
l’un des moyens les moins efficaces pour le gouvernement de créer des emplois.)
Les gens croient cela parce que c'est ce
qu'ils entendent jour après jour des groupes de réflexion corporatifs, des
carnetiers de la droite et des directeurs de l'information conservateurs, qui
soutiennent le programme des employeurs plutôt que celui du peuple. Mais ce
n'est pas parce qu'on croit à une chose qu'elle est forcément vraie.
Les fonctionnaires ne sont pas les seules
victimes de ce budget.
Plus de 600 000 Ontariens pauvres, qui vivent
tant bien que mal sur l'aide sociale ou sur le Programme ontarien de soutien aux
personnes handicapées verront leur maigre revenu réduit par l'inflation. Plus
de 300 000 d'entre eux perdront l'allocation d'alimentation spéciale qu'ils ont
besoin pour acheter des aliments nutritifs. Apparemment, eux aussi sont
responsables du déficit.
En dépit de la récession globale, notre
province est riche. Mais la façon dont ses richesses sont partagées est de plus
en plus injuste. Le budget parle à peine des travailleurs des secteurs public
et privé, qui vivent du mieux qu'ils peuvent avec des emplois temporaires et à
temps partiel mal payés. Le budget n'offre aucun espoir aux pauvres. Et il ne
fait pas grand état des centaines de milliers de personnes – dont des enfants,
pour l'amour de Dieu ! – qui ont besoin de services publics vitaux qu'ils ne
peuvent se procurer.
Je l'ai dit auparavant, et je le répète : Une
société compatissante, c'est possible. Une société juste, c'est possible.
Mais elle n'existera pas tant que nous ne
ferons pas partie de l'élite de Queen's Park et entrerons dans la ronde obstinée
de leur monde politique.
Dans les 18 mois qui s'écouleront entre
aujourd'hui et les prochaines élections, nous avons bien du travail à faire –
sur nos lieux de travail, aux tables des négociations et dans nos communautés.
Le budget de 2010 ne représente que le début
de ce travail.
En toute solidarité,
Warren (Smokey) Thomas, président
Syndicat des employés de la fonction publique
de l’Ontario
Pour les détails du
budget 2010 de l'Ontario,
cliquez ici.
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