Ce n’est pas le moment de se restreindre
28 novembre 2008
Des rumeurs courent dans les couloirs de
Queen’s Park que le gouvernement McGuinty annoncera bientôt un ensemble de
restrictions visant à freiner les dépenses gouvernementales.
C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.
Et c’est exactement le moment inopportun pour le faire.
Même les chefs conservateurs – dans d'autres pays, en tout cas
-- réalisent que le monde a besoin d’un stimulus économique massif. On a besoin
de créer des emplois et de faire tourner à nouveau son moulin. Un stimulus, ça
signifie dépenser de l’argent, même si on a besoin de l’emprunter pour le faire.
Le gouvernement McGuinty ferait bien d’en
prendre conscience.
« Se restreindre », ça signifie ne pas
dépenser. Ça signifie moins d’emplois, des salaires inférieurs, une économie
ralentie et une plus longue récession. Ça signifie renoncer à agir comme chef
durant la crise économique la plus importante de notre temps.
La récession à laquelle nous faisons face
aujourd’hui a ses racines dans la fusion des prêts hypothécaires aux États-Unis.
Ce désastre s’est produit car les travailleurs américains étaient trop pauvres
pour réaliser leur rêve d’être propriétaires de maison. Pendant que les
spéculateurs habituels de Wall Street payaient plus pour leurs soupers que
gagnaient de nombreux travailleurs en un an, ces mêmes travailleurs se cassaient
la figure.
Toute « stratégie » économique qui coupe les
gains salariaux des vrais travailleurs qui font de vrais travaux va sûrement
échouer. Toute stratégie qui met de l’argent dans les poches des travailleurs
est une bonne stratégie.
Au cours des 30 dernières années, les
gouvernements et les sociétés du monde entier ont collaboré à augmenter les
profits des sociétés – et couper les impôts sur les sociétés – en réduisant les
salaires des travailleurs.
Les travailleurs de partout sont plus
productifs que jamais (oui, vous avez besoin d’acquérir plus de compétences pour
faire votre travail aujourd’hui qu’hier). Alors que les salaires sont restés
les mêmes. Selon une étude menée par le Centre canadien de politiques
alternatives, si les travailleurs canadiens avaient gagné des salaires qui
augmentaient proportionnellement à leur productivité entre 1991 et 2005, leur
revenu devrait se chiffre à 200 $ de plus chaque semaine en 2005 (en dollars en
2005). Les Canadiens qui travaillaient à temps plein pour une année complète
auraient pu recevoir 10 000 $ de plus en moyenne pour leurs salaires en 2005.
Nous avons besoin de faire rééquilibrer
l’économie. Les salaires ont besoin d’augmenter.
Dans les années à venir, comment
regarderons-nous la période nous vivons en arrière ? Comme une longue
dépression où les choses s’empiraient ? Ou comme un point tournant où les
choses s’amélioraient ?
Si nous sommes intelligents, l’année à venir
sera le début d’un changement profond de la façon dont l’Ontario fonctionne.
Nous revitaliserons nos services publics et les rendrons plus vigoureux que
jamais. Nous investirons dans l’infrastructure physique – transit, habitation,
centres communautaires, piscines et pistes – et nous donnerons à notre
infrastructure sociale une relance historique. Nous allégerons la pénurie en
personnel dans les domaines de soins à domicile et de longue durée, de santé
mentale des enfants, de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire,
et de tous les programmes qui aideront nos citoyens les plus vulnérables. Nous
lutterons contre la pauvreté et la discrimination. Nous créerons des emplois
écologiques, et nous créerons de bons emplois : non pas des emplois instables, à
temps partiel, à bas salaire, minables; mais des emplois qui nous permettront
tous de bien vivre, de bien élever nos enfants et de partir à la retraite avec
dignité.
C’est ce que nous ferons si nous sommes
intelligents. Mais ça prendra du courage sans réserve d’un vrai chef de file.
Le premier ministre McGuinty doit décider : Laissera-t-il son empreinte sur
l’histoire ou se terminera-t-il une note en bas de la page ?
Ce n’est pas le moment de se restreindre.
En toute solidarité,
Warren (Smokey) Thomas
Président
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