Ne freinons pas le progrès du salaire minimum
8 avril 2010
Les étudiants et les travailleurs pauvres ont rarement raison de célébrer leurs situations économiques, mais ce qui est arrivé la semaine dernière est une exception unique en son genre.
Le 31 mars, le gouvernement provincial a fait augmenter le salaire minimum à 10,25 $ de l'heure. En le faisant, l'Ontario est devenue la première province à passer la barre des 10 $ de l'heure. On parle ici d'une augmentation du salaire minimum de 28 pour cent depuis 2007, après une longue période à 8 $ de l'heure.
Ceux et celles qui reçoivent le salaire minimum occupent certains des emplois parmi les moins désirables de notre société. Ils travaillent dans les restaurants-minute et les magasins de détail et occupent des emplois tertiaires, comme par exemple les nettoyeurs d'hôtel non syndiqués. De façon disproportionnée, les gens qui gagnent le salaire minimum sont des jeunes gens, des femmes et des membres des minorités raciales.
Plutôt que de reconnaître leur obstination et leur morale du travail en les récompensant avec des augmentations annuelles obligatoires, la société les stigmatise trop souvent parce qu'ils travaillent pour des employeurs comme McDo.
Nous pouvons tirer plusieurs leçons de la campagne visant à augmenter le salaire minimum.
Tout d'abord, et peut-être le plus important, une augmentation régulière du salaire minimum ne cause pas de chaos économique, comme certains économistes néoconservateurs veulent nous le faire croire. La grande récession de laquelle nous nous extirpons gentiment n'a pas été déclenchée par une augmentation du salaire minimum, mais plutôt par l'avarice et l'incompétence de soi-disant chefs d'entreprise à Bay Street et à Wall Street, qui ont placé leurs propres intérêts avant l'intérêt commun.
Ensuite, en mettant davantage d'argent dans les poches des travailleurs à faible revenu, on aide l'économie locale. Ils utilisent cet argent pour mettre de la nourriture sur leur table, des chaussures aux pieds de leurs enfants et peut-être même pour inscrire leurs enfants à un programme des loisirs et des parcs. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils n'utilisent pas ce petit peu d'argent supplémentaire pour s'acheter une automobile de marque européenne ou une croisière dans les Caraïbes.
Enfin, la campagne visant à augmenter le salaire minimum a démontré que le mouvement syndical et ses partenaires pouvaient parvenir à leurs fins. Nous apprécions tout particulièrement les efforts qu'ont déployés le Conseil du travail de Toronto et de la région de York, ses amis au NPD et les groupes anti-pauvreté pour lancer la campagne de 10 $ de l'heure en 2007 et pour forcer la main du gouvernement McGuinty afin qu'il agisse après des années de négligence.
Peut-on vraiment croire que le gouvernement libéral serait allé si loin et si vite n'aurait-ce été de cette campagne, dans le cadre de laquelle « non » n'était pas une option ?
Ainsi, prenons le temps de célébrer cette réussite en Ontario, ainsi que les avantages que cette augmentation du salaire minimum apporte aux travailleurs et à l'ensemble de notre économie.
Mais ne nous arrêtons pas là. Certainement, le salaire minimum devrait être augmenté chaque année d'au moins le taux d'inflation. Le prix des marchandises, des services et des produits baisse rarement et ce sont les travailleurs pauvres qui souffrent le plus des augmentations qui sont appliquées.
Il a fallu des pressions politiques soutenues pour faire passer le salaire minimum à 10,25 $ de l'heure. Déployons cette même énergie pour nous assurer que ce taux reste aligné sur l'inflation.
En toute sollidarité,
Patty Rout
Première vice-présidente / Trésorière
|