Le projet de loi 54 sabote la véritable réforme des
retraites
Qu'y a-t-il à propos des retraites qu'un trop
grand nombre de politiciens n'arrivent tout simplement pas à comprendre? Ce
n'est pourtant pas sorcier. L'argent accumulé en toute sécurité dans un régime
de retraite pendant les années de travail d'une personne devrait être
disponible, dans son intégralité, au moment où cette même personne prend sa
retraite.
Mais il semblerait que cela soit trop
difficile à comprendre pour Jeff Leal, député provincial du parti libéral à
Peterborough. Il pense que l'argent versé dans un régime de retraite pendant les
années de travail d'une personne devrait être laissé entre les griffes des
vautours de la rue Bay.
Monsieur Leal a introduit un projet de loi
d'initiative parlementaire à Queen’s Park – le projet de loi 54 – qui, si
adopté, éluderait la véritable réforme des retraites en permettant aux
compagnies d'assurance et à l'industrie des fonds mutuels de profiter de ceux et
celles qui ont tant besoin de leur sécurité de retraite.
Le plan de Monsieur Leal exigerait des
employeurs qui ont plus de 20 employés de fournir un régime d'épargne-retraite.
Par contre, les employeurs ne seraient pas tenus d'y contribuer. Les
travailleurs seraient autorisés (ou poussés) à choisir de ne pas s'inscrire au
régime. Le projet de loi ne donnerait pas lieu à une augmentation significative
des économies d'échelle, du partage des risques ou de la portabilité de
l'épargne-retraite des Ontariens.
Le projet de loi 54 passerait outre les
droits qu'apprécient déjà les cotisants au régime de retraite. En l'état actuel
des choses, en vertu de la Loi sur les prestations de pension provinciale, les
employeurs doivent verser des cotisations de 50 pour cent. Et le programme de
REÉR, en vertu de la loi fédérale, est entièrement volontaire.
Ce qui nous inquiète particulièrement, c'est
que contrairement à la plupart des projets de loi d'initiative parlementaire,
qui finissent nulle part, le gouvernement de Monsieur Dalton McGuinty a ouvert
la voie à la deuxième lecture du projet de loi de Monsieur Leal. Est-il possible
que le premier ministre appuie ce projet de loi désastreux, qui met l'argent
durement gagné des travailleurs entre les mains frivoles d'agents boursiers et
de courtiers en régimes de retraite? Espérons que ce n'est pas le cas.
La Fédération du travail de l'Ontario, qui
inclut le SEFPO, s'est vivement opposée au projet de loi 54. Si le tsunami
financier des deux dernières années nous a appris quelque chose, c'est que nous
devrions créer un régime de retraite universel plus solide, comme le Régime de
pensions du Canada (RPC), plutôt que d'affaiblir une industrie des pensions déjà
fragile.
Le RPC est l'instrument d'épargne le plus
efficace pour la retraite. Presque tous les Canadiens qui travaillent sont
couverts par ce régime, et il est portable où que l'on travaille et quel que
soit le nombre d'emplois occupés. Il est financièrement solide. Les frais
d'administration du RPC sont les frais d'administration des pensions de retraite
les plus bas au pays – plus bas que ceux des régimes de retraite privés et bien
plus bas que ceux des REÉR au sein de l'industrie des services financiers.
La véritable priorité des gouvernements
devrait être d'élargir et de renforcer le RPC. Un travailleur du secteur privé
sur cinq seulement peut se réjouir de recevoir une rente de retraite. Sans
régime privé – et le projet de loi 54 ne garantit aucun régime solide – c'est
aux gouvernements qu'incombe la responsabilité d'améliorer les prestations de
retraite pour que ces travailleurs puissent atteindre un niveau de vie décent
dans ce qui devrait être leurs « années dorées ».
Alors que nous prenons les mesures
nécessaires pour réparer les dommages infligés aux régimes de retraite au cours
des quelques dernières années, nous nous devons de regrouper tous les
intervenants - gouvernements, promoteurs, syndicats et membres des régimes -
dans le cadre d'une campagne visant à solidifier notre système des régimes de
retraite pour les décennies à venir.
Les députés provinciaux à Queen’s Park
peuvent faire leur part des choses en mettant le projet de loi 54 à la
déchiqueteuse.
Solidairement,
Patty Rout
Première vice-présidente/trésorière
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